Alors que la fin du dispositif ARENH approche, les négociations entre EDF et les grands industriels électro-intensifs patinent.
L’enjeu : définir un nouveau cadre tarifaire stable et compétitif avant l’été 2025. Mais les tarifs proposés jusqu’ici sont jugés inacceptables par plusieurs poids lourds de l’industrie française, relançant les tensions entre l’énergéticien, ses clients... et l’État.
Le ton est monté fin mars lorsque Benoît BAZIN, PDG de Saint-Gobain, a qualifié les prix proposés par EDF de « bras d’honneur à l’industrie française ».
Dans son sillage, Nicolas DE WARREN, président de l’Uniden (qui regroupe les grands consommateurs d’électricité), a rappelé que les entreprises font face à une concurrence internationale féroce notamment face à la Chine et aux États-Unis et ne peuvent pas absorber une flambée des prix de l’électricité.
Ces déclarations interviennent alors que les discussions entamées avec EDF depuis novembre 2023 sur les contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN) semblent dans l’impasse.
Ce nouveau dispositif, censé remplacer l’ARENH en 2026, vise à fournir de l’électricité d’origine nucléaire à long terme. Mais moins de 1 % des volumes prévus ont été contractualisés à ce jour.
Ce bras de fer tarifaire a également contribué à la chute du PDG Luc RÉMONT, évincé par l’Élysée après plusieurs désaccords avec l’État, notamment sur ce dossier.
Rémont avait défendu la position d’EDF en rappelant qu’une entreprise publique ne pouvait vendre à perte, estimant le coût de revient de l’électricité autour de 60 €/MWh.
Il dénonçait des demandes industrielles assimilables à des subventions déguisées, refusant d’y répondre au risque de compromettre la relance du nucléaire.
Le gouvernement espère sortir de l’impasse avec l’arrivée de Bernard FONTANA, actuel directeur général de Framatome, pressenti pour prendre la tête d’EDF.
Son profil d’industriel expérimenté, habitué à piloter des projets complexes dans le nucléaire, est perçu comme un atout pour reprendre le cap. Il hérite d’un véritable triple front de négociations : restaurer le dialogue tarifaire avec les industriels, structurer la relance du programme nucléaire, et bâtir un nouveau cadre contractuel post-ARENH.
Trois dossiers sensibles sur lesquels l’État attend des résultats rapides.
Le ministère de l’Énergie a été clair :« Il faut qu’ils se mettent autour de la table et concluent d’ici l’été. C’est atteignable.» Pour l’exécutif, parvenir à un accord tarifaire équilibré entre les besoins industriels et la soutenabilité économique d’EDF est désormais une priorité stratégique.
Au-delà du bras de fer tarifaire, l’État attend aussi d’EDF une relance crédible et rigoureuse du programme nucléaire.
La construction des six réacteurs EPR2 annoncés par Emmanuel MACRON s’accompagne de délais repoussés et de budgets réévalués à la hausse, avec un coût estimé à près de 80 milliards d’euros.
L’exécutif exige désormais un chiffrage détaillé, un calendrier engageant et une meilleure maîtrise industrielle.
Ces points feront partie intégrante de la lettre de mission de Bernard FONTANA, qui devra démontrer sa capacité à piloter ce tournant stratégique tout en garantissant un équilibre financier pour EDF.
Au-delà du prix, l’enjeu est aussi celui de la visibilité à long terme.Nicolas DE WARREN alerte : l’absence d’accord retarde les investissements industriels et freine la décarbonation de sites électro-intensifs qui comptent sur une électricité bas carbone et stable.« EDF a besoin de notre consommation stable, nous avons besoin de sa production de base », a-t-il déclaré le lundi 24 mars 2025, en tant qu’invité de BFM Business.Tout l’équilibre de la relation est résumé dans cette phrase.Les prochaines semaines seront décisives : le temps presse, et les enjeux industriels, énergétiques et politiques convergent.
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